Vietnam, 50 ans après la chute de Saïgon : un développement entravé par le régime communiste

Par Sébastien Desfayes, président du Cosunam.
Personne n’a oublié le 30 avril 1975 et la chute de Saïgon, avec cette image forte : un char du Viet Công de fabrication soviétique traversant les grilles du palais présidentiel. Cette date marquait l’annexion forcée du Sud Vietnam par le régime communiste d’Hanoï.
Sous la férule du grand-frère d’alors, l’Union Soviétique, le régime communiste vietnamien a alors installé, après la guerre, un système politique et économique communiste, pur et dur, étouffant les droits fondamentaux sous le poids de la répression.
Cinquante ans plus tard, l’état des lieux du Vietnam est cruel aujourd’hui : alors que d’autres pays d’Asie de l’Est, tels que Taiwan, la Corée du Sud, le Japon, et même la Thaïlande, ont connu un développement économique et social spectaculaire depuis 1975, le Vietnam, malgré son énorme potentiel humain et ses ressources naturelles, reste largement étouffé par un système autoritaire, une dépendance excessive à la Chine et le musèlement des libertés individuelles.
Contrairement à la Corée du Sud et Taiwan qui ont su diversifier leurs partenariats commerciaux et investir dans des secteurs à haute valeur ajoutée, le Vietnam est aujourd’hui prisonnier de son rôle « d’usine du monde », sans ambition ni même volonté de se positionner comme un leader technologique ou innovant. Dans la chaîne de valeur mondiale, le pays occupe la position de “fabrique” des grandes marques chinoises et occidentales. Son industrie manufacturière, principalement basée sur l’assemblage de produits pour le compte de sociétés étrangères, notamment chinoises, la rend particulièrement vulnérable, sans même parler de la pression exercée sur les coûts de production qui a bien entendu des conséquences sur les salaires et les conditions de travail.
Néanmoins, des pistes de réformes s’offrent au Vietnam, susceptibles de le délivrer de ses chaînes et de lui permettre enfin d’exploiter tout son potentiel. Le premier levier d’action réside sans doute dans l’éducation, encore profondément marquée par les dogmes communistes d’Hanoi, et où la pensée critique ainsi que le développement personnel trouvent peu de place. Il faudra aussi stimuler l’innovation en créant un environnement favorable aux entrepreneurs, débarrassé des contraintes étouffantes imposées par un système bureaucratique rigide, une justice dépendante du pouvoir et une corruption endémique. Enfin, le soutien à la société civile, par exemple comme la création de syndicats réellement indépendants, la liberté d’expression et la libération des opposants au régime apparaissent comme des éléments clé pour rétablir un véritable équilibre entre les pouvoirs publics et la population vietnamienne.
Les quelques réformes purement administratives conduites par le nouveau Secrétaire général Tô Lâm depuis cette année sont-elles une prémisse à une évolution du régime ? Comme le dit la maxime populaire, “Wait and see”.
Sébastien Desfayes, président du Cosunam.